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À la recherche d’un thérapeute…

Retour sur expérience : une victime témoigne de son parcours de patiente et présente les critères qui lui paraissent importants dans le choix d’un thérapeute.

Auteure : Naja Tiboulen (pseudonyme)
Cet article, rédigé par une victime, donne des pistes à ceux et celles qui souhaiteraient entamer – ou reprendre – une démarche de soins dans les meilleures conditions possibles.

Voici l’article :

blockquoteCe texte propose des éléments de réflexions personnelles à celles et ceux qui se questionnent sur le choix d’un thérapeute les accompagnant dans un travail sur soi.

Par «travail sur soi», j’entends «processus qui implique une forme d’introspection et comporte des entretiens où s’instaure un dialogue (quasi-monologues compris) entre patient/client et praticien». Aussi, la présente réflexion ne porte pas sur les thérapies des quelles cet aspect est étranger (EMDR par exemple, enfin de l’idée que je m’en fais en tous cas). Pour autant, il ne s’agit pas ici de discuter l’efficacité de ces dernières, ni même de débattre des qualités ou défauts de telle ou telle forme de thérapie. Dans cette limite, et bien que j’ai une opinion sur la pertinence d’un certain nombre des théories et écoles de pensée du paysage de la psychologie en France, il me semble que les points qui suivent sont relativement indépendants de celles-ci. Ils portent sur la personne du thérapeute et c’est bien cela qui me paraît le plus important.

J’ai consulté pas moins de huit thérapeutes avant mon psy actuel.

Des psychiatre-psychanalystes, un psychiatre, un psychiatre-psychothérapeute, une psychologue-psychanalyste (et expert auprès des tribunaux), une psychologue d’influence psychanalytique, une psychologue (qui pratique aussi l’hypnose ericksonnienne) et une psychologue tout court.
Le plus souvent, je ne les ai vu que pendant quelques séances, voire une seule. Il n’y en a que quelques uns que j’ai consultés pendant plusieurs mois. Et exceptée une qui était beaucoup trop loin de chez moi et un peu trop chère, c’est un euphémisme que de dire qu’aucun ne m’a convenu.
Néanmoins, mes expériences plus ou moins malheureuses m’ont aidées à définir un ensemble de critères à mon sens rédhibitoires à l’engagement — ou à la poursuite — d’un travail sur soi. Ils répondent évidemment à mes propres attentes et exigences, même si je tends à les penser assez généraux. Ils ne sont en tout cas pas exhaustifs. A chacun de s’interroger sur ce dont il a besoin, ce qu’il espère, et ce qu’il ne peut accepter de la part d’un psy.

Trêve d’introduction, voici ma petite liste noire mise au point au fil de mes essais infructueux.

Je n’accepte pas qu’un thérapeute :

– ne m’écoute pas ou ne prête aucune attention à ce que je dis, ce de façon répétée bien sûr (si, si il y en a)
– m’écoute mais ne m’entende que selon ce que ses préceptes théoriques lui dictent sur ma réalité
– soit incapable de se remettre en question, ne s’interroge jamais sur lui-même et me retourne toute la responsabilité des difficultés éventuellement rencontrées en thérapie en les appelant résistances
– se montre si froid et détaché qu’il me fasse l’effet d’être complètement indifférent à mes souffrances et de se moquer éperdument de mon évolution, même si il appelle ça «bienveillante neutralité»
– se montre arrogant, méprisant, condescendant ou tout simplement profite de sa position d’ascendance pour se penser supérieur
– me dise ce que je dois faire ou émette un jugement de valeur sur mes choix ou plus généralement sur ce que j’exprime
– cherche à exercer une influence idéologique sur moi
– affirme ou suggère que j’aurais vécu ceci ou cela dans le passé sans que j’en ai parlé de moi-même
– se comporte de telle manière que je passe plus de temps à me torturer la cervelle sur pourquoi il/elle a dit ceci ou cela qu’à m’occuper de moi
– me fasse payer un prix qui soit exorbitant pour moi
– soit manifestement misogyne (ce peut être une femme, j’ai eu une psy macho… lol) ou laisse paraître ou deviner toute autres opinions ou idéologies qui me font horreur (non, je peux pas faire une thérapie avec une personne qui me dégoûte ou que je méprise)

Plus spécifiquement en rapport avec mon histoire, je refuse qu’un thérapeute :

– croit que je fantasme quand je lui parle de violences subies
– me recrache les vieilles inepties du freudisme sur l’inceste, ou toute autre préjugé sur la question
– me dise que j’en suis responsable, que c’est ma faute, que je l’ai cherché, que je n’ai pas su refuser, que j’y trouvais mon compte quelque part sans quoi j’y aurais mis un terme avant, etc. etc. .. bref tout ce qui me ferait me sentir coupable, sale ou mauvaise
– cherche à déculpabiliser ou excuser mes agresseurs ou complice(s)
– m’affirme que malgré tout ils m’aiment, que je ne peux pas couper les ponts, que ça ne résoudra rien, qu’il faut pardonner ou autres poncifs du genre
– banalise ma souffrance et la gravité des faits commis, en dépit de tout ce que je lui raconte

J’aurais aussi bien pu présenter cela de façon positive en détaillant mes attentes et exigences à la forme affirmative. Mais il se trouve que celles-ci se sont précisées à mesure que je croisais des thérapeutes que je jugeais mauvais, et je préfère rapporter les choses comme je les ai vécues. Si l’on m’avait demandé au début ce que j’attendais d’un psy, j’aurais simplement répondu: «qu’il m’aide à aller mieux». L’ennui, c’est que naturellement, tous ceux que j’ai vues prétendaient – et pensaient sincèrement — faire leur possible pour aider leur patients à aller mieux…

A partir de ces critères éliminatoires, j’avais fini par élaborer une série de questions à poser au psy pour me faire assez rapidement une idée de la personne sur ces points là. Ce, dès la première séance, avant même de répondre au fameux «qu’est ce qui vous amène ici ?».

– Quelles sont vos références théoriques?
– Avez-vous déjà eu des patients victimes de traumatismes, violences, maltraitance, inceste?
– Avez-vous suivi des formations spécifiques à l’accompagnement des victimes de violences?
– Que pensez-vous de ce que la psychanalyse a pu affirmer au sujet de l’inceste?

La teneur des réponses, mais aussi le ton et ce que l’on peut deviner de l’aisance ou de la gêne à y répondre permet à mon avis de se faire une assez bonne idée des éventuels préjugés de la personne et de sa compétence dans l’aide aux victimes de traumatismes (ici, inceste).
Par exemple, je pense qu’un psy qui serait visiblement choqué de se voir poser ces questions et jugerait le curieux présomptueux indiquerait que non seulement il a peu de pratique dans ce domaine mais qu’il est de surcroît arrogant et n’admet pas qu’un patient remette en cause sa position de supériorité. Très mauvais présage sur son attitude dans les entretiens à venir…
Une internaute avec qui j’échangeais souvent sur ce sujet a un jour résumé les choses ainsi:
« En fait ça se résume à çà: ils sont formés ou … pas, à la prise en charge des victimes ! Ca ne s’improvise pas et ceux qui lorsqu’on leur pose la question de leur formation dans ce domaine ne répondent pas ou se foutent de vous sont INCOMPETENTS!»

J’estime ensuite que c’est au praticien d’expliquer comment il fonctionne en entretien, combien de temps durent les séances, à quelle fréquence, combien il veut être payé, etc.

Ca ne m’est jamais arrivé mais je pense qu’un psy qui n’aurait abordé aucun de ces points de lui-même m’aurait semblé manquer de professionnalisme et un tel oubli aurait à mon sens mériter éclaircissements.

En fait, je n’ai posé toutes ces questions qu’une seule fois et ce fut très instructif…
Après quelques malheureuses expériences, j’ai pris le parti de m’orienter vers des psys qui soit m’auraient été conseillés par des victimes capables de me fournir une première série de réponses à mes questions, soit auraient écrit des ouvrages ou articles me donnant une idée de leurs prises de position sur la maltraitance. C’est par exemple ainsi que je suis allée voir une psychologue qui avait écrit des bouquins sur les violences intra-familiales. Elle y donnait suffisamment d’informations sur elle et sa méthode pour qu’il soit inutile que je la soumette à mon petit interrogatoire. Je me suis donc retrouvée à lui dire simplement pourquoi je venais (de ce que je pouvais et souhaitais en dire pour une première séance) et à écouter ses réponses et explications en la scrutant pour voir si je la «sentais» bien ou pas au premier abord, sans pour autant lui donner toute ma confiance d’emblée et tout en me laissant la liberté de changer d’avis à tout moment.

En conclusion, j’en profite pour râler un petit coup.
Je trouverais normal, en prenant rendez-vous avec thérapeute, de pouvoir présupposer que la personne qui se tient en face de moi n’a pas le cerveau farci de préjugés débiles sur la psychologie de tel ou tel groupe de personnes ; qu’elle va adopter une attitude d’écoute et d’empathie ; qu’elle n’est pas subjuguée par des préceptes théoriques qu’elle pense immuables et dont la préservation lui paraît plus importante que ses patients ; qui, à défaut d’avoir une compétence spécialisée dans un domaine précis me concernant, est prête à se remettre en question, à compléter sa formation et élargir ses connaissances si besoin est, ou disposée à m’orienter vers un collègue plus compétent si elle se sent dépassée.
Le fait est que non, rien de tout cela ne coule de source pour beaucoup de psys en France. Et pour peu que l’on ait pas une sacrée veine du premier coup, c’est limite s’il ne faut pas l’équivalent d’une maîtrise en psychologie pour trouver un thérapeute avec qui le travail n’est ni inutile ni destructeur.
Enfin… c’est ce que j’en pense au regard de mon expérience. Maintenant que je relis mes petites listes, je constate qu’elles ne font que rappeler des évidences. Et pourtant, je me souviens que pour oser les poser et me sentir légitime à en faire des exigences, il a fallu que j’ingurgite quantités d’ouvrages, revues et sites plus ou moins spécialisés, plus ou moins indigestes. Comme si il était nécessaire de s’armer de tout un bagage théorique pour affirmer que quelqu’un qui se montre blessant, arrogant, insultant, glacial ou incompréhensif n’allait pas m’aider…
Vous me direz, je n’étais pas tenue d’essayer de comprendre en quoi leurs théories pouvaient leur permettre de s’aveugler sur de telles attitudes, ou pire de les légitimer en prétendant oeuvrer pour mon bien (je parle bien de la psychanalyse ici, oui).

Je recommande aussi la lecture du lien d’Alice Millerà ce sujet :
http://www.alice-miller.com/articles_fr.php?force=faqblockquote2

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