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Débat après le film « N’aie pas peur », de Montxo ARMENDÁRIZ

Affiche du film N'aie Pas Peur

PROJECTION du film « N’AIE PAS PEUR« , du réalisateur espagnol Montxo ARMENDÁRIZ, suivie d’un DÉBAT avec le public en présence de professionnels du monde de la santé et de la justice, le 27/11/2012.
organisé par le Collectif Inceste

après la projection du film, débat avec le public en présence de :

  • Illel KIESER, anthropologue et psychologue clinicien, spécialiste des traumatismes de l’enfance
  • Christine GIBERT, avocate membre du CRIC de Bordeaux
  • Jean-Jacques SANTIVERI, de l’équipe de distribution du film, représentant le réalisateur.

NOTRE AVIS SUR LE FILM

Montxo ARMENDÁRIZ maîtrise le sujet et nous offre un film d’une qualité rare, mi-fiction mi-documentaire, sur l’inceste père/fille. Il restitue avec justesse et finesse la complexité des ressentis de la victime et le déni de l’entourage. Quelques extraits de témoignages de victimes réelles viennent illustrer les propos du scénario. Subtil, pertinent et efficace. La thérapie EMDR est aussi évoquée, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

N'aie Pas Peur
PRIX DU MEILLEUR RÉALISATEUR
Festival International de Pantalla Pinnamar (Argentine)
PRIX DU MEILLEUR ACTEUR
Festival du Cinéma Espagnol de la Solidarité de Caceres (Espagne)
PRIX DE LA MEILLEURE ACTRICE
Festival de Saint Jordi de Barcelone (Espagne)
PRIX DU MEILLEUR SCÉNARIO
Festival du Cinéma Européen de Lecce (Italie)

NOTES DU RÉALISATEUR

« Un jour, j’ai entendu l’histoire d’un jeune homme qui avait été sexuellement abusé par son professeur de musique. Un autre jour, j’ai entendu parler d’une adolescente qui avait souffert, pendant plusieurs années, des perversions de son grand-père. Ces histoires m’ont été racontées par des amis thérapeutes qui aident ceux qui ont souffert, ou qui souffrent, de ce genre d’abus. Et j’ai voulu en savoir plus. C’est ainsi que cette histoire a commencé. J’ai pris contact avec plusieurs victimes et j’ai parlé avec elles. J’ai été atterré quand j’ai entendu leurs histoires, quand j’ai compris les séquelles possibles suite à des agressions aussi irrationnelles. Mais, au-delà de tout, j’éprouve une profonde admiration pour le courage avec lequel ces victimes affrontaient tous les jours le besoin de refaire leur vie. J’ai vécu avec leur douleur et leur espoir pendant plus d’un an. J’ai parlé avec les thérapeutes qui les aidaient et j’ai essayé de prendre de la distance avec les clichés souvent associés à ce sujet, afi n d’analyser la complexité de certains comportements humains, sans idées préconçues. Et c’est ainsi que j’ai découvert la richesse dramatique et personnelle inhérente aux expériences que j’écoutais : des histoires de silence, de culpabilité, de manipulation et de dépendance ; mais aussi des histoires de survie, de lutte contre l’adversité, contre l’humiliation, contre la soumission. N’AIE PAS PEUR est né de tout cela. C’est un fi lm qui parle de la détermination nécessaire pour faire face à un douloureux destin ; de la volonté de se reconstruire un avenir ; c’est aussi la nécessité de montrer à l’écran une sombre réalité que notre société s’obstine à ignorer. » Montxo Armendáriz

Montxo Armendáriz

Montxo Armendáriz

MONTXO ARMENDÁRIZ INTERVIEW

Est-ce-que, Maria Laura Gargarella et vous, avez écrit le scénario à partir de faits réels que vous aviez connus ?
Quand nous avons écrit le script, nous souhaitions montrer les graves séquelles physiques et psychologiques causées par les abus sexuels, parmi lesquels il est important de souligner le manque d’estime de soi, la solitude, la culpabilité et la dépression. Mais nous voulions aussi montrer qu’il était possible de dépasser cette réalité, de quitter cet enfer et de retrouver le sens de la dignité, même si ce n’est pas facile, car les personnes victimes d’abus souffrent d’une grande distorsion de leurs relations affectives et sexuelles, ce qui conditionne leur comportement jusqu’à créer des addictions, et même dans certains cas, une dépendance vis-à-vis de leur agresseur.

Est-ce que le tournage fut un défi éprouvant pour vous et vos acteurs, compte tenu du sujet ?
Dès le début, j’ai demandé aux acteurs, spécialement à Michelle Jenner et à Lluís Homar, que leurs rôles n’influent ou n’affectent pas leurs relations avec le reste de l’équipe comme dans leur vie privée. Nous avons tous réussi à maintenir une différence entre le personnage joué et la personne qui le joue ; ainsi, entre les scènes, on a donc pu rigoler et bavarder tous ensemble comme d’habitude. Non, le sujet de l’histoire n’a pas rendu le tournage difficile, au contraire, il a favorisé les relations humaines et toute l’équipe a voulu en savoir plus quant aux conséquences des abus sexuels faits aux mineurs et au chiffre si élevé des victimes.

Quelle réaction attendez-vous de la part du public ? Y a-t-il un comportement spécial que vous souhaitez provoquer chez le spectateur ?
Moi, comme mon équipe, souhaiterions que ce film soit considéré comme notre petite contribution afin de soulever un thème dont personne ne souhaite parler. C’est seulement si nous avons des informations que nous pouvons affronter ce problème et trouver des solutions. Malheureusement, parmi le grand pourcentage de gens qui ont souffert d’abus sexuels, cela se passe souvent au sein du cercle familial. C’est pourquoi cela est caché et passe sous silence. Il est important que la société ne détourne pas la tête, comme le personnage de la mère dans le film, et crée des campagnes de prévention, détecte les problèmes de cet ordre dans les écoles et les familles, et s’emploie à les régler. Nous aimerions que, par ce fi lm, les personnes abusées se sentent accompagnées et comprises dans leur lutte pour reconstruire leur vie.

Pensez vous que le cinéma puisse aider à résoudre des questions sociales ? Et si oui, comment ?

Le cinéma et les médias audiovisuels, en général, ont une grande capacité à diffuser et à communiquer. Le pouvoir des images dans notre société ne peut pas être remis en cause. En ce sens, le cinéma peut servir à largement refléter notre réalité, et à faire que le public y réfléchisse. La solution à nos problèmes et besoins doit jaillir de la société. Les citoyens doivent se sentir impliqués dans la construction d’une société meilleure et plus humaine. Le cinéma, comme d’autres formes d’art, peut nous aider à comprendre la réalité, et même à ressentir le besoin de la modifier, mais cela ne peut pas se faire tout seul. C’est pourquoi ma réflexion sur le cinéma coïncide avec ce que disait Jean Renoir : « Ce qui compte pour moi, quand je fais du cinéma ce n’est pas de faire un film parfait. Ce qui m’intéresse c’est que le film serve à améliorer et à favoriser les relations entres les hommes ».

PHOTOS DU FILM

N'aie pas peur : Le démon

N'aie pas peur : courage

N'aie pas peur : nouveau départ

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