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Quels soins pour les adolescents suicidaires ?

Les enfants ayant subi un inceste ont un risque plus élevé de faire des tentatives de suicide à l’adolescence.

Remarque : rappelons ici que l’inceste peut aussi être commis par un frère aîné, un cousin, une tante… et que les dégâts sur la personne sont aussi importants.

L’inceste est un crime dont les victimes ont beaucoup de mal à se considérer comme des victimes à part entière. Les spécialistes s’accordent à dire que ce déni, qui permet à la victime de survivre des années en évitant la confrontation à la réalité des faits, permet hélas le développement silencieux de séquelles qui s’inscrivent dans la personnalité et dans le corps de la victime (cf. les travaux du docteur Muriel Salmona sur la mémoire traumatique, ainsi que l’étude américaine récente sur les séquelles de l’inceste).

Dans son dernier ouvrage “NOS ADOS.COM EN IMAGES – Comment les soigner”, paru aux Éditions Odile Jacob fin 2011, le docteur Xavier Pommereau, psychiatre des hôpitaux, chef du Pôle aquitain de l’adolescent (centre Abadie) du CHU de Bordeaux, écrit  :

« Et nous ferons ce constat effarant : une jeune fille sur trois et un jeune homme sur sept qui entrent dans notre service ont été victimes de violences sexuelles, le plus souvent avant la puberté. Il s’agit généralement de violences à caractère incestueux impliquant directement un membre de la famille ou un « proche » […]. Ces évènements peuvent être connus de l’entourage ou être encore ignorés et, si étonnant que cela puisse paraître, il est de nombreux cas où l’abuseur n’a été ni dénoncé ni condamné pour éviter de jeter l’opprobe et le discrédit sur toute la famille.[…] Ce sera, par exemple, un grand-père qui aura attouché son petit-fils, éveillant chez ce dernier des émotions sexuelles vécues avec tellement de culpabilité qu’il ne pourra en parler à personne. Ou telle jeune fille attouchée vers l’âge de 7-8 ans par un cousin adolescent, qui après en avoir parlé à sa mère, se verra vertement reprocher d’inventer des histoires qui ne tiennent pas debout ».

Le docteur Pommereau confirme par son observation les chiffres avancés par les associations de victimes. L’ampleur du fléau sera mesurable le jour où un Observatoire dédié à l’inceste sera enfin créé en France. Les médecins pourront apporter leur contribution ; alors qu’aujourd’hui on ne se fie qu’aux chiffres de la Justice qui ne rendent compte vraisemblablement que de 10 à 12% des faits commis. Les médecins, quelque soit leur spécialité, devraient apprendre à parler de ce sujet à leurs  patients (en fonction de l’âge de ce dernier bien sûr). Par exemple, tout médecin généraliste devrait dire à un enfant : «Cela ne te gêne pas de te déshabiller devant moi pour que je t’ausculte ?» et être attentif à sa réaction ; au lieu de lui dire «Allez, déshabille-toi maintenant !». Ce sujet reste tabou même au cœur de la relation médecin/patient. C’est un comble quand on sait que les violences sexuelles induisent des problèmes graves de santé qui peuvent perdurer des années. Les médecins doivent urgemment être formés et rompre le silence sur ce sujet auprès de leurs patients, et ne pas hésiter à prendre conseil auprès de médecins référents, formés à la victimologie dans leur département. S’il en existe. Mais ceci un autre débat.

Doit-on attendre que les adolescents fassent une tentative de suicide pour découvrir leur histoire ? Et doit-on considérer ce fait d’inceste dans leur histoire comme une donnée parmi les autres, et lui donner le même poids que le divorce des parents ou ses problèmes de communication avec son père ou sa mère ? 

Hélas force est de constater que même dans ce service « top niveau » bordelais qui accueille des adolescents suicidaires, aucun thérapeute formé à la psycho-traumatologie n’est présent. Pourquoi une telle absence ? Ce service sait pourtant inventer des approches novatrices auprès des adolescents.  L’adolescent a besoin de trouver sa place, certes, qu’il ait été victime de maltraitances sexuelles ou pas. Mais que les médecins utilisent donc tous les moyens mis à leur disposition pour l’y aider ! Je ne mets pas en doute que les adolescents sortent de ce service en meilleur état psychologique après qu’avant, mais quand ils feront une dépression dans quinze ans, qui sera là pour témoigner des abus sexuels qu’ils ont subis enfant et faire le lien ?

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